Concepts

Mettre en œuvre des programmes pour favoriser ou développer la littératie en santé nécessite d'en comprendre les fondements. Définitions et présentation des différents concepts en jeu.
Littératie

Un point sur la littératie

Le terme « littératie » désigne les connaissances et les compétences dans les domaines de la lecture, de l’écriture, de la parole (ou d’autres moyens de communication) et du calcul qui permettent aux personnes d’être fonctionnelles en société et d’y participer.
[Rootman I., Gordon-El-Bihbety D., 2008 ; Merriam-Webster, 2017]

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a évalué les compétences en littératie des adultes de 30 pays (dont la France). Pour cette étude, elle restreint la définition de la littératie à la « capacité de comprendre, d'évaluer, d'utiliser et de s'approprier des textes écrits afin de participer à la société, d’accomplir ses objectifs et de développer ses connaissances et son potentiel ».
Dans cette étude de l'OCDE, le terme « littératie » se rapporte ainsi uniquement à la lecture de textes écrits, et ne concerne ni la compréhension ou la production orale, ni la production de textes écrits.

L'échelle de compétences en littératie utilisée par l'OCDE est divisée en cinq niveaux :

Niveau 1 difficulté à lire un texte simple et à utiliser de la documentation écrite
Niveau 2 faibles aptitudes en lecture, se limitant à utiliser de la documentation simple
Niveau 3 capacité à utiliser de la documentation écrite
Niveaux 4 et 5 capacité à combiner diverses sources d’information et à résoudre des problèmes d'une certaine complexité

Le niveau 3 est considéré comme le seuil minimal de compétence nécessaire pour faire face aux exigences de la vie moderne dans un pays industrialisé, de façon autonome et fiable.
Source : 9ème journée de la prévention - Inpes, 2014

 

 

La littératie EN SANTÉ

La littératie en matière de santé désigne « les connaissances, la motivation et les compétences permettant d’accéder, comprendre, évaluer et appliquer de l’information dans le domaine de la santé pour ensuite se forger un jugement et prendre une décision en termes de soins de santé, de prévention et de promotion de la santé, dans le but de maintenir et promouvoir sa qualité de vie tout au long de son existence ». [Consortium de 8 pays européens (Sørensen et al., 2012)]

Infographie sur le concept de littératie en santé

Exemple illustrant la définition de la littératie en santé
Une femme enceinte est alertée par un proche des risques pour son bébé liés à sa consommation de tabac.

L'étude « Health literacy levels for the European Union » (HLS-EU) a comparé en 2015 le niveau de littératie en santé de 8 pays européens (ne comprenant pas la France).

Le niveau de littératie en santé diffère considérablement d’un pays à l’autre (le pourcentage de la population disposant d'un niveau limité allant de 29% à 62%).

Par ailleurs, l'étude HLS-EU met en évidence cinq indicateurs liés à un niveau de littératie en santé limité (niveau insuffisant ou problématique) : l'état de santé des personnes, l'utilisation des services de soins de santé, le statut socio-économique, le niveau d'instruction et l'avancée en âge.

Source : Etude comparative européenne, HLS-EU, 2015 (en anglais)

     

    Analphabétisme : concerne des personnes qui n’ont jamais été scolarisées ; il s’agit pour elles d’entrer dans un premier niveau d’apprentissage. [Agence nationale de lutte contre l’illettrisme]

    Alphabétisation conscientisante : apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul en lien avec le contexte culturel, social et politique en vue d’une alphabétisation qui permet l’émergence d’une conscience critique. Cette approche se réfère notamment à la pédagogie de la libération de Paulo Freire. [Définition construite à partir des publications Lire et écrire, décembre 2017 et Mokonzi Bambanota G., 2009]

    Conception universelle : conception de produits et d'environnements dont l'usage est destiné à tous dans la plus large mesure, sans besoin d'adaptation ou de conception spéciale. [Mace R. L., Center for Universal Design, 1985]. Avec un principe imagé « une même entrée pour tous », elle implique autant que possible de ne pas recourir à une adaptation spécialisée. [Ginnerup S., 2009 ; Steinfeld E., 2010 ; Ostroff E., 2011]

    Compétence : ensemble intégré et fonctionnel de savoirs, savoir-faire, savoir être et savoir devenir qui permettront, face à une catégorie de situations, de s’adapter, de résoudre des problèmes et de réaliser des projets. [Romainville M., Bernaerdt G., Delory Ch., et al., 1998]

    Compétences psychosociales : définies comme la capacité d'une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C'est l'aptitude d'une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l'occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement. [OMS, 1993]

    Comportement en matière de santé : toute activité entreprise par une personne, quel que soit son état de santé objectif ou subjectif, en vue de promouvoir, de protéger ou de maintenir sa santé, que ce comportement soit ou non objectivement efficace dans la perspective de ce but. [Health Promotion Glossary, 1986]
    On peut soutenir que presque tous les comportements ou toutes les activités d’un individu ont des effets sur son état de santé. Dans ce contexte, il est utile d’établir une distinction entre les comportements adoptés délibérément pour promouvoir ou protéger la santé (comme indiqué dans la définition qui précède) et ceux qui sont adoptés indépendamment des conséquences pour la santé. Une distinction est établie entre les comportements en matière de santé et les comportements à risque, qui sont des comportements liés à une vulnérabilité accrue à l’égard d’une cause déterminée de mauvaise santé. Les comportements en matière de santé et les comportements à risque sont souvent liés entre eux dans un ensemble plus complexe de comportements appelés « modes de vie ». [Glossaire de la promotion de la santé. OMS, 1999]

    Démocratie en santé : démarche visant à associer usagers, professionnels et décideurs publics dans l’élaboration et la mise en œuvre de la politique de santé. [Lefeuvre K., et Ollivier R., Presses de l'EHESP, 2018]

    Déterminants de la santé : À chaque étape de la vie, l'état de santé se caractérise par des interactions complexes entre plusieurs facteurs d'ordre socio-économique, en interdépendance avec l'environnement physique et le comportement individuel. Ces facteurs sont désignés comme les « déterminants de la santé ». Ils n'agissent pas isolément : c'est la combinaison de leurs effets qui influe sur l'état de santé. [Santé publique France]

    Education populaire ou éducation permanente (Belgique) : vision fondamentalement politique des rapports de savoirs concernant la vie en société. Elle réfute pour ceux-ci toute conception hiérarchisée et affirme au contraire l’égalité de principe entre tous les points de vue possibles à propos du vivre ensemble. [...] Son éthique réside dans la profonde conviction que tout être humain détient les moyens de se construire une compréhension du monde, à condition qu’il puisse entrer en relation avec ses semblables dans un rapport de coopération, même conflictuel. Paulo Freire est l'un des experts qui a concouru à cette approche. [CNAJEP, Charte de l’éducation populaire, 2005]

    Education thérapeutique du patient : vise à aider les patients à acquérir ou maintenir les compétences dont ils ont besoin pour gérer au mieux leur vie avec une maladie chronique. [OMS, 1996]

    Empowerment : à la fois but et moyen, cette notion renvoie au fait de renforcer le "pouvoir" de chacun afin qu’il puisse l’exercer dans une perspective de santé optimale. Il s’agit donc de développer les compétences individuelles mais [également] d’agir sur les systèmes (environnement, structures, groupes sociaux) pour que ces compétences puissent s’exercer réellement et efficacement. [Tones K. et Green J., 2004] et [Fortin J., 2012]

    Environnement pro-littératie : environnement favorable à la littératie en santé qui soutient le développement et la mise en application des capacités de littératie en santé. [Lemieux V., 2014]

    Environnement capacitant : environnement qui permet aux personnes de développer de nouvelles compétences et connaissances, d'élargir leurs possibilités d'action, leur degré de contrôle sur leur tâche et sur la manière dont ils la réalisent, c'est à dire leur autonomie. [Falzon P., 2008]

    Français langue étrangère (FLE) : langue française enseignée à des personnes nouvellement arrivées en France, qui ne parlent pas le français. Les personnes peuvent par ailleurs être parfaitement alphabétisées dans leur langue maternelle.

    Illettrisme : On parle d’illettrisme pour des personnes qui, après avoir été scolarisées en France, n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul, des compétences de base, pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante. [Agence nationale de lutte contre l’illettrisme]

    Interprétariat dans le domaine de la santé : désigne la fonction d’interface, assurée entre des patients/usagers et des professionnels intervenant dans leur parcours de santé et ne parlant pas une même langue, par des techniques de traduction. L'interprétariat garantit, d’une part, aux patients/usagers les moyens de communication leur permettant de bénéficier d’un égal accès aux droits, à la prévention et aux soins de manière autonome et, d’autre part, aux professionnels les moyens d’assurer une prise en charge respectueuse du droit à l’information, du consentement libre et éclairé du patient et du secret médical. [Haute Autorité de santé, 2017]

    Littératie, trois niveaux selon Nutbeam (2000) : 
    Littératie fonctionnelle : compétences de base suffisantes en lecture et en écriture pour pouvoir fonctionner efficacement dans les situations de tous les jours.
    Littératie communicative ou interactive : compétences cognitives et d'alphabétisation plus avancées qui, associées aux compétences sociales, peuvent être utilisées pour participer activement aux activités quotidiennes, extraire des informations et tirer des significations de différentes formes de communication, et appliquer de nouvelles informations aux circonstances changeantes.
    Littératie critique : compétences cognitives plus avancées qui, associées à des aptitudes sociales, peuvent être appliquées à l'analyse critique de l'information et à l'utilisation de cette information pour exercer un plus grand contrôle sur les événements et les situations de la vie.

    Littératie en santé mentale : capacité de reconnaître et de comprendre les caractéristiques des troubles mentaux (symptômes, risques et causes), et quand et comment obtenir de l’aide et accéder à des services de soins. [Jorm AF., 2000].

    Littératie informationnelle : forme supérieure d’apprentissage,  grâce  à  laquelle les usagers de l’information acquièrent des compétences pour  apprendre, gérer le savoir, chercher et exploiter l’information et transmettre ces compétences aux autres. [Kurkowska E. J., 2012]

    Littératie médiatique : ensemble des compétences permettant à l’individu d’évoluer de façon critique et créative, autonome et socialisée dans l’environnement médiatique contemporain. [Fastrez P. et De Smedt T., 2013]

    Littératie numérique : ce n’est pas une catégorie technique qui décrit un niveau fonctionnel minimal de compétences technologiques, mais plutôt une vaste capacité de participer à une société qui utilise la technologie des communications numériques dans les milieux de travail, au gouvernement, en éducation, dans les domaines culturels, dans les espaces civiques, dans les foyers et dans les loisirs. [Hoechsmann M. et Dewaard H., 2015]

    Médiation en santé : désigne la fonction d’interface assurée en proximité pour faciliter d’une part, l’accès aux droits, à la prévention et aux soins, assurés auprès des publics les plus vulnérables, et d’autre part, la sensibilisation des acteurs du système de santé sur les obstacles du public dans son accès à la santé. [Haute Autorité de santé, 2017]

    Médiation sociale : processus de création et de réparation du lien social et de règlement des conflits de la vie quotidienne, dans lequel un tiers impartial et indépendant tente à travers l'organisation d'échanges entre les personnes ou les institutions de les aider à améliorer une relation ou de régler un conflit qui les oppose. [Actes du séminaire de Créteil - Médiation sociale et nouveaux modes de résolutions des conflits de la vie quotidienne, 2000]

    Numératie : capacité de comprendre, d’utiliser, d’interpréter et de communiquer l’information et les idées mathématiques afin de s’approprier et de gérer les exigences mathématiques dans un éventail de situations de la vie adulte. [OCDE, 2013]

    Pair-aidance : regroupe un ensemble de pratiques qui procède de formes d’accompagnement ou encore d’entraide et de soutien, par lesquelles une personne s’appuie sur son savoir expérientiel vécu, c’est-à-dire le savoir qu’elle a retiré de sa propre expérience d’une situation vécue, habituellement considérée comme difficile et/ou stigmatisante ou négative,  pour  aider  d’autres  personnes  vivant des parcours similaires, des situations comparables. [Fédération des acteurs de la solidarité et Dihal, 2018]

    Santé communautaire : processus par lequel les membres d’une collectivité, géographique ou sociale, réfléchissent en commun sur leurs problèmes de santé, expriment des besoins prioritaires et participent activement à la mise en place et au déroulement des activités les plus aptes à répondre à ces priorités. [Manciaux M. et Deschamps J.-P., 1978]

    Translittératie : désigne l’ensemble des compétences d’interaction mises en œuvre par les usagers sur tous les moyens d’information et de communication disponibles : oral, textuel, iconique, numérique, etc. essentiellement dans des environnements et contextes numériques. [Delamotte E., Liquète V., Frau-Meigs D., 2014]