Les conditions de la participation - Enseignements de la journée d'échanges du 29 septembre 2020

26.11.2020
Des acteurs franciliens, professionnels et habitants-usagers-citoyens, engagés dans des démarches participatives ont réfléchi ensemble aux conditions qui facilitent la participation en s’appuyant sur leurs expériences et leurs pratiques.
Méthodes
Participation des habitants-usagers-citoyens

PromoSanté Ile-de-France a organisé et animé en partenariat avec l'Institut Renaudot et le Pôle de ressources Ile-de-France en Education thérapeutique du patient un cycle de trois journées d'échanges sur la participation des habitants-usagers-citoyens dans une démarche de promotion de la santé. L'objectif de ces journées est d’étayer les éléments théoriques du dossier Participation des habitants-usagers-citoyens, par des savoirs issus de l’expérience de personnes engagées dans des démarches participatives franciliennes. Les participants ont été invités à venir dans la mesure du possible en binôme professionnels et habitants-usagers-citoyens.

Cette page présente les enseignements de la première journée consacrée aux conditions de la participation. Les infographies présentées reprennent les propos des participants, tels qu'ils ont été proposés et catégorisés par eux pendant la rencontre. Ces infographies ont ensuite été commentées par les animatrices-organisatrices, à partir des propos de la journée, étayés par des éléments d'analyse et de littérature. L'ensemble a été soumis à une relecture et validation par les contributeurs à la journée.

Sommaire :


 

Les contributeurs et leurs démarches participatives

Prosper Mbengui, résident de la Cité  « Lève-toi et marche » centre d'hébergement d’urgence Cité Caritas de Maurepas (78) et David Muller, Chargé de projets à l’Institut Renaudot, ont présenté le projet « Semer Manger Bouger ».

Cités Caritas est une association créée par le Secours Catholique qui comprend un grand nombre d’établissements d’hébergements sociaux et médico-sociaux en France, dont le centre d’hébergement d’urgence à Maurepas dans les Yvelines.

Les Cités Caritas accueillent des publics qui ont des parcours de vie extrêmement complexes. Dans l’accompagnement des résidents, l’association a pour principe d’associer dans la mesure du possible les résidents dans les projets voire les co-construire avec eux.  

Cités Caritas dispose d’un pôle santé transversal à l’ensemble des établissements médico-sociaux d’Ile de France. Celui-ci a encouragé le projet « Semer Manger Bouger » pour répondre à la problématique d’une bonne alimentation des résidents dans leurs structures en essayant d’éviter le gaspillage. A Maurepas, les professionnels étaient motivés pour travailler avec les résidents sur le projet « Semer Manger Bouger », et ce, dès son lancement.

Le pôle Santé avaient initié une première expérimentation de jardins partagés à la demande des résidents parisiens. La Cité Bethléem située dans l’Essonne avait ouvert son potager inutilisé au projet avec la possibilité à tous d’y participer. La distance n’avait alors pas encouragé les résidents à participer et vivre ce projet. Le projet a été recentré sur des établissements demandeurs.

Dans l’objectif d’améliorer la participation de tous les acteurs du projet, la Chargée de mission du pôle santé de Cité Caritas a sollicité l’Institut Renaudot pour mettre en place une formation afin de co-construire le projet et son évaluation  en associant l’ensemble des acteurs sollicités  : les résidents, les professionnels qui accompagnent les résidents et trois structures partenaires du projet : l’association OOK, (association qui organise des projets culturels, notamment par la photographie), l’association Permapolis, et la Ligue contre l’obésité.

De septembre 2019 à janvier 2020, se sont déroulés trois jours de formation en méthodologie de projet, avec pour objectif de créer les conditions de la co-construction. Le groupe était composé de 5 à 6 résidents, 4 professionnels qui accompagnent les résidents et 4 représentants des partenaires. Dans un premier temps, le groupe a travaillé sur les notions de la santé, de la promotion de la santé et de la communauté. La communauté étant l’ensemble des acteurs concernés par le projet. Il ne s’agit pas d’une approche par « public cible », mais de considérer l’ensemble des acteurs comme partie intégrante du projet : les résidents, les professionnels qui les accompagnent, les responsables de Cité Caritas, les acteurs de la distribution alimentaire, l’ensemble des partenaires…
Le deuxième temps de la formation a été consacré à la méthodologie de projet dans un objectif de permettre aux acteurs la co-construction de ce projet : établir un diagnostic partagé et une planification ensemble le projet. Cette formation a encouragé l’expression des ressources et des savoirs de chacun. En effet, la démarche communautaire en considère que quel que soit le parcours des personnes, elles sont porteuses de ressources. La formation a permis également de définir ensemble les objectifs du projet à partir de la diversité des objectifs exprimés au sein de la communauté. Les objectifs des professionnels accompagnants les résidents ne sont pas les mêmes que ceux des résidents, qui ne sont pas les mêmes que ceux des associations partenaires.
Un résident s’est particulièrement investi dans le projet et est devenu un référent des résidents, moteur de la démarche.

En février 2020, a eu lieu une nouvelle formation de deux jours, avec l’Institut Renaudot pour construire l’évaluation de la démarche avec l’ensemble des acteurs, dans la même logique que la formation précédente. Ce temps de formation a permis au groupe de réfléchir et de comprendre ce qu’est une évaluation, à quoi elle sert, à qui elle s’adresse et quels sont les critères qui peuvent être construits ensemble ? Son objectif était de faire ressortir que l’évaluation va au-delà de la simple mesure des indicateurs (processus, résultats…), mais permet également de raconter l’histoire et valoriser l’action. A cette formation, étaient présents 4 résidents, 2 professionnels du centre d’hébergement, les associations partenaires qui ont accepté de se former à la construction du projet et une personne chargée de mission Nutrition à l’ARS Ile de France ainsi que 4 stagiaires Master Santé Publique de Lyon. La chargée de mission ARS IdF a ainsi pu présenter les attentes de l’ARS sur l’évaluation de ce projet. De même, chacune des personnes du groupe a aussi précisé ce que cela représentait pour eux d’intervenir sur le projet et chacun a proposé ses critères d’évaluation.

De janvier 2020 à mars 2020 et malgré le confinement, le jardin s’est mis en place grâce à trois résidents (dont le résident référent Prosper Mbengui), 2 professionnels de la structure d’hébergement, qui ont préparé le terrain pour les cultures, réalisé les semis, les ont préparés, repiqués…  Au cours du printemps et de l’été, le jardin a bien fonctionné. Et quand les légumes sont sortis, la participation des résidents s’est accrue. La construction du projet semblait abstraite et l’apparition des produits du jardin a rendu le projet plus concret. Le résident référent a su mobiliser d’autres personnes. Finalement, ce sont 8 à 10 résidents qui se sont mobilisés. Les récoltes du jardin ont été utilisées dans des ateliers cuisine, élaborés et réalisés avec les résidents, accompagnés et soutenus par la chargée de projet Pôle Santé. Les résidents ont organisé des repas collectifs. Plus tard dans l’élaboration du projet, l’Union française des œuvres laïques d'éducation physique (Ufolep) est intervenue auprès des résidents pour proposer des ateliers d’activité physique. Les intervenants de l’Ufolep n’ont pas participé à la co-construction du projet et proposent donc des ateliers qui impliquent moins les résidents dans l’élaboration des séances. D’abord en salle, l’Ufolep s’est adapté aux conditions sanitaires en venant sur site et en proposant des activités extérieures (Marche nordique en forêt…) avec du coup un peu plus d’implications des résidents.

Tout au long de la mise en œuvre du projet, L’association OOK a accompagné les résidents sur un travail autour de la photographie et de l’estime de soi.

Les bouleversements liés au contexte sanitaire ont compliqué l’accompagnement de l’institut Renaudot et ont contraint la réadaptation de la programmation, du suivi et de l’évaluation. Mais les échanges avec les partenaires de la démarche participative se sont poursuivis de manière informelle.

Aujourd’hui, le projet toujours en cours à Maurepas, a pour vocation d’être transposé au centre d’hébergement d’urgence d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Cela demande une réadaptation au contexte, à la configuration et aux dynamiques qui sont très différentes du centre de Maurepas. L’institut Renaudot va également accompagner cette structure.

Il s’agit d’une démarche de co-construction engagée dès l’élaboration du projet, de sa planification et de son évaluation.
Un des points clé de la démarche est de prendre le temps de poser les conditions de la participation. Certaines techniques d’animation permettent d’engager des dynamiques participatives. Par exemple, le conte exemple « le chemin de la connaissance » raconté par le biais de Farouk, figurine en terre prenant le relais de l’animateur, symbolise l’idée qu’il n’existe pas de recette de la participation. Il faut construire le chemin ensemble, accepter de prendre des chemins de traverse, revenir sur ces pas, et surtout considérer les contraintes et difficultés comme des éléments pour lesquels il faut trouver des leviers.

Parmi les autres points clé, il est important d’aller rapidement vers des actions concrètes qui permettent aux personnes de se mobiliser plus facilement, en trouvant un équilibre avec la théorie ou l’animation.

De même, la participation initiale à la co-construction du projet est un des facteurs favorisant la participation.

Enfin une autre dimension importante de la démarche est la mobilisation d’une personne moteur/ressource. Le résident référent qui s’est engagé dans le projet « Semer Manger Bouger » a favorisé la mobilisation des autres résidents. C’est la mobilisation par les pairs. Les centres d’hébergement d’urgence ont vocation à accompagner les résidents à entrer dans le logement du droit commun. Aujourd’hui le résident référent bien qu’ayant d’autres activités essaye de rester investi sur le projet...  Le caractère « provisoire » des Résidents au sein des CHU nécessite une adaptation de la participation à cette règle. La participation à des projets est un élément essentiel des parcours des résidents pour favoriser le développement de l’empowerment individuel et collectif. Ainsi est questionné le degré d’exigence que les professionnels peuvent avoir vis-à-vis des personnes en termes de participation et de durée de participation, notamment quand ces personnes ont des parcours de vie complexes.   Un autre Ingrédient de réussite pour cette participation repose sur l’accord de la direction et des chefs de service pour faciliter le soutien aux projets et la participation réelle des professionnels à chaque activité.

Pour en savoir plus :

Association Cité Caritas

Vidéo du projet "Semer, Manger, Bouger"

Photos du projet "Semer, Manger, Bouger"

Romain Gallart, chargé de la coordination au sein de l'Alternative Pour des Projets Urbains Ici et à l'International (APPUII), a présenté une démarche participative dans le quartier des Franc-Moisin à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

APPUII est une association loi 1901 qui propose une assistance technique et organisationnelle aux habitants des quartiers populaires qui sont touchés par des projets de renouvellement urbain et qui n’ont pas le sentiment d’y être associés. Elle met à disposition des citoyens qui en font la demande une expertise technique et des outils de compréhension de ces projets urbains. L’association est composée de chercheurs, de professionnels des métiers de la ville, d’habitants et militants de quartiers populaires.

À la demande de ses habitants, APPUII intervient dans le quartier de Franc-Moisin, à Saint-Denis. Ce quartier de grands ensembles typiques des années 60-70 est concerné par un projet de renouvellement urbain, depuis 2016. Ce projet prévoit entre autres aménagements d’espaces publics et de réhabilitations, la démolition de 477 logements.

Le conseil citoyen Franc-Moisin Bel Air Stade de France a contacté APPUII pour obtenir de l’aide pour mieux comprendre le projet et pouvoir réellement participer à celui-ci, comme le prévoit la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine de 2014. En 2017 et 2018, un premier travail a consisté à « décrypter » collectivement le projet de renouvellement urbain dans sa globalité et à émettre un certain nombre de demandes, sans que celles-ci aient été entendues par la municipalité. 

En 2019, alors que l’information des démolitions est diffusée dans le quartier, APPUII a contribué à faire valoir la volonté des habitants concernant la démolition partielle de leur bâtiment : le B13. Les habitants ne comprenaient pas les raisons de ces démolitions. L’équipe d’APPUII, en allant contrôler les appartements, a déterminé que l’immeuble, bien qu’il nécessitait d’être réhabilité, n’était pas insalubre, qu’il était bien entretenu, et que les appartements étaient de bonne qualité, plutôt spacieux et agréables à vivre. Par ailleurs, cette démolition ne permettait pas véritablement de désenclaver le quartier, comme l’annonçait la mairie. Les habitants ont donc proposé à la Mairie d’organiser un referendum pour qu’ils deviennent les derniers décisionnaires de ce projet de démolition. La Mairie, face à la mobilisation d’habitants du quartier, a accepté. L’association APPUII a soutenu les habitants mobilisés pour communiquer sur le referendum et présenter les différentes propositions (démolition ou réhabilitation complète) et les implications de chacune. Le jour du referendum, l’association a animé le débat contradictoire qui s’est tenu entre les représentants de la Mairie et les opposants au projet de démolition. L’objectif était de présenter l'ensemble des arguments pour que les habitants du quartier puissent prendre une décision éclairée. Environ 70% des votants se sont positionnés contre la démolition de l’immeuble et en faveur de sa réhabilitation totale. Ce vote a impliqué la participation de 12% des locataires concernés. C’est un niveau de participation relativement élevé. Le bâtiment n’a donc pas été détruit.

D’autres projets de démolition n’ont pas pu être remis en cause. Et, quand un logement est détruit, les personnes doivent évidemment être relogées. La Charte de relogement est le document qui contractualise et définit toutes les conditions du relogement. Celle-ci doit être signée par les représentants des locataires et les acteurs de la maîtrise d’ouvrage du projet.

Par la suite, le conseil citoyen s’est rendu compte qu’une Charte de relogement avait été signée sans qu’ils aient été mis au courant. Un travail s’est donc engagé avec le conseil, un collectif d’habitants (des habitants souhaitant participer sans s’inscrire dans une démarche participative particulière) et l’association APPUII pour construire une analyse critique du document et construire avec les habitants les principes pour établir une déclinaison de la Charte existante. APPUII a organisé un « arpentage » sur la quarantaine de pages du document. Il s’agit d’une lecture approfondie du document, par petits groupes (2 pages par groupe) pour proposer une critique des éléments du texte, identifier les points qui ne conviennent pas et apporter des modifications. Ce travail a été mené en 2020, et les résultats ont été présentés aux élus, aux bailleurs sociaux et à une centaine d’habitants à la veille du premier confinement. Fin novembre 2020, les habitants ont présenté à nouveau les propositions de déclinaison de la Charte de relogement à la nouvelle équipe municipale de la Mairie de Saint-Denis. Les négociations sont actuellement en cours entre les propositions des habitants sur leurs conditions de relogement et ce que proposait initialement la municipalité.

Cette démarche participative mêle des éléments de co-décision, comme l’illustre l’organisation du referendum organisé à la demande des habitants du quartier, et de co-construction, illustré par la construction d’une déclinaison de la charte de relogement.

Un des éléments-clés de cette démarche est le rôle de ressource que joue l'association APPUII pour les habitants de ce quartier. Son rôle est d'outiller les habitants et d’apporter des précisions techniques sur différents points de négociation afin de renforcer le pouvoir d’agir des habitants concernés par ces projets urbains. APPUII ne prend donc pas la parole à la place des habitants dans les moments politiques et publics.

Pour en savoir plus :

Franc-Moisin (St-Denis – 93) : les citoyens mènent une contre-expertise sur le relogement

Franc-Moisin (Saint-Denis) : Premiers résultats de la contre-expertise sur le relogement menée par les citoyen.ne.s

Territoires : Construire la mobilisation

Présentation de la démarche participative à venir

Aïcha Yamani, présidente de l’association Feel Good & Move it, Soudani Siam, co-présidente de l’association et Delphine Despinoy, Diététicienne au Pôle Prévention Santé de la Mairie de Nanterre, ont présenté ensemble le projet « Feel Good & Move it », et notamment les éléments de participation dans la démarche.

Feel Good & Move it est une association bénévole sport et bien-être pour les femmes et les adolescentes dans la ville de Nanterre (Hauts-de-Seine).
Quelques années avant la création de l’association, dans le cadre de l’axe prévention de la ville, à la demande d’un centre social et culturel de la ville et avec la participation de ce dernier, le service Prévention Santé de Nanterre a collaboré à la mise en place d’actions de prévention auprès d’un public féminin. Les ateliers avaient pour objectif de faire sortir les femmes de chez elles et de les intéresser sur des sujets de bien-être, de santé, de sport, etc. La référente du centre social et les agents du Service Prévention Santé ont choisi pour le public les thèmes des ateliers qui pourraient éventuellement intéresser les femmes (rangement des médicaments, le diabète, la contraception, etc.).

Un groupe d’une dizaine de femmes qui participaient aux ateliers a exprimé la volonté de proposer des thèmes d’ateliers, et notamment en lien avec la nutrition ; alimentation et sport. Les femmes avaient identifié elles-mêmes leur point commun concernant la difficulté qu’elles avaient à perdre du poids seules, malgré les régimes. Elles ont donc demandé la création d’un groupe « Soutien régime ».  Les professionnels ont alors pris conscience que les usagères avaient elles-mêmes des demandes et qu’elles pouvaient participer davantage à la démarche. Le Centre social a donc mis en place ce groupe avec pour objectif d’encourager la participation des femmes, de les amener à l’autonomie et de renforcer leurs compétences psychosociales, en lien avec leurs objectifs de perte de poids, de santé et de bien-être. Au fur et à mesure des années, les femmes ont progressivement choisi le format des ateliers, la fréquence et l’organisation des séances en fonction des disponibilités de chacune. Elles ont également participé aux séances d’évaluation du projet avec le Centre social. Petit à petit, elles ont avancé à la fois sur leur objectif de perte de poids, mais aussi sur leur autonomie et sur leur envie d’être actrices dans l’organisation des ateliers. Elles ont demandé à faire du théâtre, à apprendre à faire du vélo, à faire de la natation...

Le groupe a été accompagné pendant plusieurs années jusqu’à ce qu’il faille mettre un terme au programme en 2015, les ateliers devenant redondants. Mais les femmes ne souhaitant pas arrêter la dynamique, ont créé leur association « Feel Good & Move it ». Le but étant de transmettre les bénéfices obtenus lors des ateliers aux autres femmes du quartier (à leurs voisines et aux femmes du quartier qu’elles voyaient régulièrement à la sortie des écoles, dans les halls d’immeubles). L’objectif initial était de proposer des séances de sport de proximité avec un coût et des horaires adaptés.
Aujourd’hui, l’association est très active dans le quartier. En plus des séances de sport, elle met en place des week-ends « bien-être », des ateliers diététiques auxquels la diététicienne du Service Prévention Santé intervient.
Elles sont devenues une ressource pour le Service Prévention de la ville qui fait régulièrement appel à elles lorsqu’il a besoin d’intervenantes sur la santé et le bien-être, notamment auprès des femmes de Nanterre, pour intervenir dans les fêtes de quartier, sur des forums pour des jeunes, etc. Quant à eux, les professionnels du Service Prévention essayent de répondre à leurs demandes dès qu’elles les sollicitent. Par exemple, le Service les accompagne dans les demandes de financement, il fait intervenir des professionnels de santé pendant leurs cours de sport (intervention d’une sophrologue, d’une diététicienne), etc.
Depuis plusieurs années, la ville a mis en place des ateliers d’éducation thérapeutique du patient (ETP), dont le programme obésité est coordonné et animé par la diététicienne du Service Prévention Santé. À sa mise en place, les consultations individuelles n’ont pas eu de mal à faire venir suffisamment de patients, orientés pour la plupart par les médecins des centres de santé. Mais les ateliers collectifs ont eu moins de succès. Il n’y avait pas assez de personnes dans le groupe et les personnes présentent n’assistaient pas à l’ensemble des ateliers. Les principales raisons identifiées par les professionnels étaient la réticence de parler devant des inconnus ou la peur de rencontrer quelqu’un de connu, la peur du jugement, la difficulté de trouver du temps commun avec d’autres personnes et le fonctionnement communautaire dans les quartiers. À Nanterre, les différents quartiers sont très clivés et les habitants d’un quartier se déplacent difficilement dans un autre. Face à cette problématique, pour répondre aux enjeux de l’ETP, le Service Prévention Santé s’est appuyé sur les compétences de l’association Feel Good & Move it pour lever les freins. Le service proposait à l’association de faire bénéficier leurs adhérentes des séances d’éducation thérapeutique. Cela répondait au besoin que les responsables de l’association avaient remonté concernant la volonté des femmes de participer à des ateliers perdre du poids. Cette synergie entre les besoins de l’association et du service a permis de mettre en place les ateliers collectifs d’ETP communs aux deux structures. L’adhésion aux séances a été facilitée par le fait qu’elles se connaissaient déjà, et n’avaient pas peur du jugement de leurs pairs. Elles ont également trouvé plus facilement des horaires adaptés, car elles partagent un contexte de vie similaire. Elles ont par ailleurs mis en place un pedibus pour se rendre ensemble aux ateliers, en se récupérant les unes, les autres en bas des immeubles.

Il s’agit d’une démarche participative de collaboration, de co-construction et de codécision qui s’est construite progressivement. Les responsables de l’association et les adhérentes identifient elle-même leurs besoins et choisissent ce qui leur convient le mieux en terme de disponibilités, de fréquence et de contenu des séances…

Les éléments clés de cette démarche sont la force de proposition de ces femmes et le développement de leur autonomie par la création de l’association, le contexte amical qui s’est établi entre les responsables de l’association et la diététicienne, et une temporalité longue. En effet, 10 ans se sont écoulés depuis les premiers ateliers dans le centre social et culturel.

Pour en savoir plus :

Malika Falek, médiatrice sociale de l'association Nahda a présenté Le Kinkéliba.

Le Kinkéliba est un café social et culturel créé depuis janvier 2013 par l'association Nahda. Cette association de médiation sociale et culturelle agit dans le but de maintenir et renforcer du lien social, notamment sur le quartier du Petit Nanterre (Hauts-de-Seine), au travers de permanences d'accès aux droits et aux soins, d'ateliers sociolinguistiques et d’activités socio-culturelles.

Ouvert depuis janvier 2013, le café Le Kinkéliba accueille les résidents du foyer ADOMA – Les Primevères, du quartier du Petit-Nanterre (quartier prioritaire de la politique de la ville). Il s’agit d’un foyer construit dans les années 1970 sur un ancien bidonville, et qui accueille aujourd’hui 218 résidents, pour la plupart travailleurs ou retraités migrants.

Le Kinkéliba est un lieu où les résidents peuvent se retrouver tous ensemble, recevoir leurs proches, et ainsi rompre l’isolement. C’est un lieu de convivialité et d’échanges entres les résidents et les professionnels, les intervenants et les proches. Il propose également certains matins, un petit-déjeuner diététique. Il est identifié comme un équipement culturel de Nanterre où se déroulent des expositions photographiques et des témoignages personnels des résidents, des concerts de musique du monde, etc. Il participe aussi annuellement au festival « La terre est à nous » de la Ville de Nanterre.

Plusieurs acteurs interviennent au Kinkéliba : des travailleurs sociaux, un médecin et des permanenciers de l'association « Les Petits Frères des Pauvres ». L’association Nahda met un point d'honneur à tisser un lien social fort entre les résidents, les intervenants et les visiteurs.

Le Café est par ailleurs un lieu d’accompagnement à l’accès aux droits et aux soins. Les professionnels aident les résidents dans leurs démarches administratives : l’ouverture de leurs droits et le traitement des dossiers des prestations sociales telles que l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), la Caisse d’allocations familiales (CAF), la Caisse des retraites, la Sécurité sociale, etc. Ils peuvent également les aider pour des demandes relatives au logement et au loyer, pour la réservation de billets d’avion pour les personnes qui souhaitent repartir, etc. Les résidents sont pour la plus grande majorité des personnes immigrées ou étrangères, dont certaines sont illettrées en Français ou ne savent pas naviguer sur Internet. Cette fracture numérique, associée à la dématérialisation des services, rend leur accès très difficile.

Concernant l’accès aux soins de ces personnes, les agents de l’association Nahda peuvent aider les résidents à prendre leurs rendez-vous médicaux. Ils sont parfois amenés à les accompagner physiquement pendant les consultations. En effet, ils connaissent bien les situations des personnes. Cela permet de gagner du temps et de faciliter la transmission ou la traduction des informations données par les médecins et par l’administration hospitalière, et de répondre plus rapidement et efficacement aux besoins des uns et des autres. L’accès au soin est renforcé par la proximité du foyer avec l’hôpital de Nanterre. Un médecin du réseau AFDES (Accès aux Soins, aux Droits et à l'Éducation à la Santé) intervient une fois par mois pour des ateliers de prévention.

Pour en savoir plus :

Vidéo de présentation du projet Kinkéliba

Christel Fame, Habitante relais Danube 19e arrondissement et parent d'élève, et Fany Piesseau, Coordinatrice sociale de territoire du 19e arrondissement ont présenté ensemble « Agir ensemble pour les enfants », une démarche participative entre les familles d’un quartier politique de la ville Danube/Solidarité/Marseillaise et les acteurs associatifs et institutionnels du 19ème arrondissement.

La démarche Agir ensemble auprès des enfants est à l’origine d’un projet Ville de Paris, commande du Cabinet de Madame Versini, adjointe à la Mairie de Paris en charge des droits de l’enfant et de la protection de l’enfance. Le but étant de travailler avec les habitants de quatre quartiers du territoire parisien, dont certains sont des quartiers Politique de la ville (QPV), à une conduite de projet collaborative de co-construction de diagnostic partagé avec des familles. L’objectif étant d’identifier ensemble les ressources et les besoins du quartier en matière de soutien à la parentalité, d’amélioration du cadre de vie des familles et d’éducation.

Dans le 19e arrondissement de Paris, c’est la Direction Sociale de territoire nord (DASES) soutenue par l’équipe politique de la ville qui a piloté et conduit la réalisation d’un diagnostic partagé spécifique au quartier Danube/Solidarité/Marseillaise (environ 8 000 habitants), sur les besoins des parents d’élèves, des équipes pédagogiques et des acteurs locaux.

Dès la fin de l’année 2017, pendant un an, les acteurs institutionnels, les acteurs locaux et les habitants du quartier, ont travaillé ensemble à repérer les ressources et les besoins de ce quartier à destination des familles. Des rencontres étaient organisées une fois par mois, dans un local associatif en plein cœur du quartier pour travailler sur les modalités de participation et de co-construction. En plus de la coordinatrice sociale de territoires et des habitants (entre 10 et 20 personnes), un grand nombre d’acteurs a participé plus ou moins régulièrement au projet : l’équipe de développement local (EDL), la directrice de la PMI du quartier, le centre d’action sociale, les clubs de prévention spécialisée et les acteurs jeunesse, le directeur d’une école primaire du quartier, l’assistante sociale scolaire, la CAF, les responsables des activités périscolaires etc. Des thèmes de travail ont été définis (soutien à la parentalité et à l’éducation, accès aux droits et à la santé, accès aux loisirs et à la culture et insertion professionnelle des plus grands) et les habitants et les partenaires du territoire se sont repartis dans des groupes de travail thématiques. L’objectif de ces groupes était de se documenter sur la thématique, de répertorier les ressources du territoire, de mutualiser, sélectionner et valoriser ce qu'il semblait essentiel de communiquer auprès des habitants. Pour rendre visibles les ressources identifiées à tous les habitants, un groupe de travail chargé de la communication a travaillé à la création d’une carte des ressources qui identifie les structures et les services situés autour des lieux stratégiques du quartier (à proximité des transports, tramway et métro, des associations locales, des établissements scolaires, des logements sociaux, etc.). La carte a été réalisée par un graphiste, validée par le groupe de travail, imprimée sur des grands panneaux et affichée dans le quartier. Elle est visible de loin et accessible à tous (utilisation de couleurs, de numéros et de pictogrammes pour ceux qui ont moins de facilités avec la langue française et la lecture).

Ce travail a donc abouti à la création des « Habitants Relais », un collectif d’habitants bénévoles. Ces habitants, ayant participé à la création de la carte ressources, avaient désormais une bonne connaissance des ressources du quartier et souhaitaient en devenir les relais au cœur du quartier. Leur objectif est d'informer, d'orienter et de favoriser le lien entre les acteurs locaux du territoire et les nouveaux habitants. Pour être mieux repérés sur l’espace public et lors des animations, les Habitants Relais ont développé avec le graphiste une identité visuelle sous forme de logo et des supports de communication (tote bag et badges), financés par la Mairie de l’arrondissement. Pour faciliter l’accès à l’information et aller vers les habitants qui sont les plus éloignés, les Habitants Relais ont créé une page Facebook Agir ensemble pour les enfants et un groupe WhatsApp qui permet notamment d’utiliser des messages vocaux pour les personnes qui ne maîtrisent pas le français.

Plus récemment la démarche participative a conduit à développer des actions de prévention de soutien à la parentalité. Dans une école maternelle, lors des échanges avec les enseignants pendant un café des parents, les parents d’élèves se sont rendu compte que la communication entre l’établissement scolaire et les familles était devenue complexe, en lien avec des tensions au sein de l’école. La directrice et les enseignants avaient fait état de beaucoup de violences de la part des enfants au sein de l’établissement, dans la cours de récréation, etc. Ils déploraient le manque de moyens pour répondre à cette problématique et reportaient la faute sur les parents. Les parents, de la même manière, se demandaient pourquoi leurs enfants avaient des comportements violents en rentrant de l'école. Les Habitants Relais du 19e arrondissement ont donc rencontré une association de droit des enfants qui propose notamment des formations autour de la communication bienveillante auprès des professionnels, des familles et des enfants. Cette formation a pour objectif de déconstruire les représentations que chacun a sur l’autre, parents et professionnels, et de mieux connaître et comprendre le cadre, les interventions et les limites de chacun. Cela pour trouver ensemble des solutions afin de réduire ces tensions et leurs répercussions auprès des familles.
Les Habitants Relais ont présenté la démarche auprès des établissements, qui étaient très intéressés et ont obtenu des financements pour mettre en place la formation.
Dans un premier temps, les familles et les professionnels ont suivi cette formation séparément à raison de 3 séances de 2 heures chacune. Il est prévu dans un second temps, que les familles et les professionnels participent ensemble à 2 séances supplémentaires pour faire le point, mutualiser les acquis et échanger autour de cette formation. Dans le contexte sanitaire, les séances communes n’ont pas encore pu être organisées. La formation a toutefois été bien accueillie et quand cela sera possible, l’objectif est de la reconduire et l’élargir à d’autres établissements scolaires.

  1. Au cours de l’année 2021, les groupes de travail s’inscrivent dans de nouveaux projets. Par exemple, ils vont travailler à la création d’une Charte de fonctionnement des Habitants Relais. Malgré le bon fonctionnement de ce collectif d’habitants, il est arrivé récemment que des personnes engagent des actions au nom des Habitants Relais sans en informer le collectif. Cette charte pourra définir le rôle, le fonctionnement et les modalités d’organisation, ainsi que les limites d’intervention des Habitants Relais. L’idée n’est pas d’imposer un cadre rigide, mais que chacun s’y retrouve. Le but est également d’accueillir les nouveaux arrivants au sein du collectif.

Il s’agit d’une démarche participative de consultation, de co-construction et de codécision : les Habitants Relais sont attentifs aux besoins exprimés par les habitants du quartier ; l’ensemble des acteurs (habitants du quartier, acteurs locaux et institutionnels) a contribué à la réalisation du diagnostic partagé et tous les projets sont discutés au sein des groupes de travail.

Un des éléments clé de cette démarche est le temps que chacun a pris pour apprendre à se connaître. Elle s’est construite sur une longue temporalité qui a laissé le temps aux familles, aux parents d’élèves, aux habitants du quartier, aux acteurs institutionnels et aux acteurs locaux de co-construire ensemble des pistes d’actions.

Pour en savoir plus :

 

 

Quelles motivations pour s'investir dans une démarche participative ?

Ce premier atelier coopératif invitait les participants à partager leurs motivations personnelles à s'investir dans une démarche participative et à y rester. La consigne était de répondre en fonction de ses expériences et ses motivations propres, et non en théorie. Après un temps de réflexion personnelle, chacun a partagé ses réponses avec le groupe. Collectivement, les participants ont ensuite regroupé et classé les différentes idées. Voici les résultats de ces échanges.

La diversité des motivations à s’engager dans une démarche participative met en évidence la nécessité d’expliciter en amont et reconnaître les intérêts de chacun à s’engager dans la démarche. [Voir Periferia, 2010]

Le groupe a identifié cinq motivations des professionnels et des représentants des usagers à s'investir dans une démarche ou un projet participatif :

La participation est considérée comme créatrice de lien social entre acteurs animés par un même projet. Ses liens donnent, par eux-mêmes, du sens au projet.

La participation permet de créer « un commun ». Cela passe notamment par partager ses connaissances et ses représentations et aller vers celles des autres pour mieux se comprendre. La participation est un moyen pour mettre en place une action ancrée dans un territoire et adaptée aux besoins. Cela permet de créer un objet de travail commun, une communauté d'intérêts. C'est aussi partager les pouvoirs et s'interroger sur qui décide : « on savait que […] personne n’allait décider pour nous »

La démarche participative c'est vivre une histoire : la participation génère des effets en soi – interactions sociales, bien-être, expériences positives - et n’est pas uniquement un moyen d’atteindre les objectifs de l'action. [Voir la partie Concepts du dossier participation]

La participation permet de partager réciproquement des connaissances et des compétences. Ce partage se base sur la reconnaissance de la validité des savoirs de chacun, favorisant l’estime de soi et l’empowerment individuel. Cela implique de mettre sur un pied d’égalité la diversité des savoirs mobilisés [Voir l'interview d'Olivia Gross dans le dossier participation].

 

 

Le groupe a identifié quatre motivations des professionnels et des représentants des usagers à poursuivre leurs engagements dans une démarche ou un projet participatif :

L'enrichissement mutuel par le partage réciproque des connaissances et des compétences. En lien avec la motivation d'apprendre des uns et des autres, la participation permet aux professionnels de s'enrichir des savoirs issus de l'expérience des personnes concernées et vice-versa.

La participation peut répondre à un enjeu de pertinence des démarches. Elle favorise une meilleure prise en compte des préoccupations, attentes et besoins des personnes. Elle peut également répondre à des enjeux d'efficacité et d'efficience des programmes. [Voir IREPS Bretagne, 2011]
« La réussite du projet » et « l’atteinte des objectifs » sont des facteurs qui donnent envie de rester investi dans la démarche participative. Il est important de se fixer des objectifs opérationnels pas à pas, et d’évaluer l’atteinte de ces objectifs. [Voir Periferia, 2012]
La valorisation de la démarche et les retours aux participants quant aux résultats renforcent le sentiment de faire partie d’un projet qui a du sens.

L'engagement des acteurs dans le projet leur permet de mener des expériences gratifiantes et ainsi d’acquérir plus d’autonomie et développer leur empowerment. [Voir p.41 de (IREV) Nord Pas-de-Calais, 2014]  

Le bien-être, la qualité des interactions entre les acteurs et la convivialité sont des éléments importants pour que les personnes restent dans la démarche.

 

 

 

    Quelles conditions favorables à la participation ?

    Ce deuxième atelier coopératif a invité les participants à réfléchir aux conditions préalables à la participation.

    Pour favoriser la participation des personnes concernées dans une démarche de promotion de la santé, il vous faudra :

    Identifier et mutualiser les ressources. Il s'agit de prendre un temps spécifique pour identifier et reconnaître l'ensemble des ressources disponibles pour le projet : les ressources externes sur lesquelles on peut s'appuyer, et ce que chacun peut et est prêt à apporter. On peut mobiliser les ressources des professionnels (connaissances et compétences, ressources financières, logistiques...), mais aussi des personnes concernées (connaissances et compétences, savoir-faire des personnes et du collectif, créativité, force du groupe...).
    La formation et la co-formation sont une ressource pédagogique. La co-formation peut avoir comme objectif notamment d'améliorer mutuellement la compréhension et la connaissance entre les professionnels, les personnes concernées et d'autres acteurs (élus, acteurs institutionnels...), et de modifier les pratiques professionnelles. [Voir l'interview de D.Müller dans le dossier participation]

    L'obtention d'un budget peut parfois être difficile pour les professionnels, mais les ressources financières sont néanmoins un ingrédient de la participation. Il est possible parfois de faire avec « pas grand-chose » ; rechercher des lieux accueillants, créer et penser de façon animée.
    La participation et le fait de mobiliser les ressources des individus ne doit pas faire oublier qu’il faut des moyens financiers pour faire les choses. On ne peut pas compter que sur l’énergie des gens.
    Il s'agit aussi de préciser qui est payé dans le projet et qui ne l'est pas. En effet, si les habitants-usagers-citoyens ne sont pas nécessairement rémunérés pour leur participation, le professionnel l'est. Le temps passé pour la planification, la coordination, l'évaluation du projet représente un coût qui doit être prévu dans le budget, et identifié par l'ensemble des acteurs.

    Poser un cadre à la démarche participative, réfléchi collectivement, formalisé et écrit : une charte du projet, un planning, etc.
    La charte permet d'identifier collectivement et de s'accorder sur le pourquoi du projet et de la participation (objectifs, souhaits, valeurs...), les modalités de la participation (qui participe, à quoi, à quel niveau, pour quels effets?...), les règles de fonctionnement (coordination, communication, ponctualité...), et les principes de participation (droits, engagements, posture...). [Voir p.62 de FéMaSaC et FFMPS, 2015]

    Adopter une posture bienveillante, dans le respect, l'altérité et la reconnaissance de la différence, le non-jugement, l'encouragement mutuel...
    Les questions de disponibilité et d'adaptabilité sont aussi un ingrédient majeur pour la réussite d'un projet participatif. On ne peut pas toujours demander aux usagers de venir sur les heures de travail des professionnels. S'adapter aux horaires, aux modes de vie des personnes que l'on souhaite rencontrer - accepter d'être présent parfois le samedi ou en soirée... - permet de pouvoir créer un lien durable et de confiance.

    Instaurer un climat de convivialité. Cela peut passer par accueillir les personnes avec des boissons et des petits gâteaux, organiser des moments de rencontres formelles et informelles et des événements festifs. Les mots d'ordre étant le « Être ensemble ».

    Utiliser des techniques et des outils d'animation en les adaptant au contexte de la démarche, pour soutenir la participation, animer les échanges et l'articulation des savoirs. Quelle que soit la technique d'animation utilisée, il est conseillé de parler des choses concrètes, du quotidien, d'avoir une écoute active, d'être disponible et de proposer des temps d'écoute individuels et collectifs. [ Voir la fiche "Animer l'articulation des savoirs" du dossier participation - rubrique méthode ]

    Utiliser des outils de communication pour :

    • Rendre accessibles les informations relatives à la démarche auprès des participants. L'objectif est de bien communiquer en interne pour permettre une connaissance partagée du projet dans sa globalité. 
    • Créer et garder une dynamique de groupe. Un groupe de discussion ou une messagerie instantanée peuvent être utilisés pour organiser des événements, faire des rappels et relances, favoriser l’adhésion des usagers aux séances etc... Ce sont des outils que beaucoup de personnes utilisent déjà dans un cadre personnel. Attention, bien que les outils numériques permettent de garder un lien et de la convivialité, ils ne permettent pas de rompre l'isolement.
      La réalisation et le partage systématique de compte-rendus à l'issue de chaque séance de groupe, permet de valoriser la production collective, l'apport de chacun, et montrer les avancées du projet.
    • Faire connaître et valoriser la démarche en externe. Les réseaux sociaux sont des outils privilégiés pour partager et informer. Participer à la vie de quartier dans une démarche d'« aller-vers » contribue également à faire connaître et valoriser la démarche.

    Dans les deux cas, il faut être attentif à la qualité de la communication. Il est essentiel de prendre soin de proposer des supports visibles, clairs et beaux, pour que l'information soit accessible et agréable. L'utilisation des messages vocaux dans les messageries instantanées peut rendre plus facilement accessible une information pour une personne ne maîtrisant pas le français par exemple.

    • Le conte. Cet outil offre une entrée en matière décalée. Il ouvre la séance et met en confiance les participants et l'animateur. Il est possible d'utiliser une des petites figurines comme support au conte.
    • Construction collective d'une carte d'un quartier. Poser une grande carte du quartier au sol et laisser les habitants indiquer sur celle-ci des lieux dans lesquels ils aiment se rendre.
    • Le crayon collaboratif. Il s'agit d'un crayon qu'il faut collectivement diriger en tirant simultanément les ficelles en collaborant pour obtenir un dessin.
      Le trousseau de clefs. Technique brise-glace qui laisse le participant raconter l'histoire des clefs qui composent son trousseau.
    • Sortie au super marché. C'est intéressant de faire cette mise en situation avec les patients, notamment. Cela permet de faire le lien avec la vie réelle.
    • Le mur des humeurs. Il s'agit d'une illustration de plusieurs personnages représentant des humeurs que les participants sont invités à choisir. Chacun peut choisir de développer sur l'humeur qu'il aura choisi.

     

     

    Attention cependant aux éléments qui peuvent nuire à la démarche et démotiver les acteurs...

    La participation doit se faire dans le respect, les libertés et les droits de chacun. Ce ne doit jamais être un lieu pour toutes les formes de discrimination et de stigmatisation, de jugement, de vol, de détournement etc....
    La participation doit aussi être ouverte et possible à tous. Cela passe notamment par une réflexion sur : la mobilisation des publics éloignés de la participation, des facilitations matérielles (lieu, horaires, garde d'enfants...), la prise en compte des niveaux de littératie, la reconnaissance des savoirs...

    Participer peut représenter un investissement très long et des personnes peuvent espérer une reconnaissance financière ou la résolution de problèmes individuels qui ne peuvent pas être résolus dans le cadre du projet. Il n'est pas toujours possible ou dans l'intérêt de la démarche de reconnaître financièrement ou proposer un poste aux usagers qui ont participé à la démarche. Pour éviter ces situations, il est important de bien communiquer, de ne pas être ambigu et de ne pas faire miroiter de fausses informations. Il faut s'assurer d'être clair et compris tout au long du projet. Les principes de fonctionnement de groupe peuvent être précisés en amont dans une charte : valorisation du temps passé au projet, niveau d’engagement attendu, règles de fonctionnement...

    Que l'on soit professionnel ou personne concernée, il est important de connaître ses limites ; de savoir dire "stop" ou "pas maintenant" et de respecter les disponibilités de chacun. « Ce n'est pas parce qu'on s'implique, que l'on doit se sentir redevable ».

    La manière de conduire le projet peut être un obstacle à la réussite de la démarche de participation. Par exemple, être attentif au niveau d'intégration des habitants-usagers-citoyens dans la gestion du projet peut permettre aussi d'éviter certains problèmes de management. Il s'agit de les solliciter au bon endroit et au bon moment, et d'intégrer l'ensemble des compétences qu'ils peuvent et souhaitent apporter. Cela permet d'éviter de se centrer uniquement sur la méthode, perdre en spontanéité et donc de perdre les participants.
    Un projet participatif ne signifie pas qu’il n’y pas de leadership. Monter une équipe projet et désigner un responsable permet de faciliter la coordination du projet, la communication entre les membres et d’assurer le respect des principes de participation. Le professionnel qui accompagne le projet doit alors trouver la bonne distance pour se placer dans une posture de facilitateur de projet. Cela permet de faire une place à chacun et favoriser l'émergence des idées.

    La démarche participative fait le lien entre le Je et le Nous, car elle permet la mise en commun des expériences et des savoirs individuels. Elle permet de transformer les demandes et savoirs individuels en savoirs situés ou positionnés mobilisables pour le collectif. Cela contribue à rendre plus légitime la demande ou le projet. [Voir l'interview d'Olivia Gross dans le dossier participation].
    Etre attentif à ce que chacun puisse continuer à s'exprimer permet de trouver un équilibre entre l'individuel et le collectif.
    Il existe aussi un risque de cloisonnement et il peut parfois être difficile d'intégrer de nouveaux arrivants dans le projet. Dans certains cas, le groupe devient le projet et on perd alors l'objectif initial de la démarche.

     

     

     

    Toutes ces dimensions mises en évidence par les participants peuvent constituer autant de pistes de réflexion pour l’évaluation des démarches participatives. Les motivations à s’engager et à rester dans la démarche, les ingrédients nécessaires et les points de vigilance décrits ici sont des éléments intéressants à regarder, mesurer, questionner tout au long de la démarche pour s’assurer de la qualité de la parti cipation.

    Pour aller plus loin sur ces questions, la deuxième journée du cycle portera sur l’évaluation des démarches participatives.

     

    La journée était organisée en « format mixte ». Les contributeurs pouvaient participer en présentiel ou en distanciel via l’application de visioconférence Zoom. Cet outil propose des fonctionnalités de partage d’écran, de tableau blanc, etc.

    Quatre questions ont été posées aux participants au cours de la journée, portant sur les motivations pour s’investir et rester investi dans une démarche participative, les ingrédients et les points de vigilance. . Pour répondre à chaque question, les ateliers était construit de la manière suivante:

    1. Temps de réflexion individuelle, basée sur l'expérience personnelle de chacun (5 minutes)
    2. Restitution au groupe et partage des expériences (20 minutes)
    3. Discussion, organisation et catégorisation des idées par le groupe (15 minutes)

    Le rôle des animatrices était d'accompagner les contributeurs à reformuler, préciser leurs propos, et partager leurs expériences.


    Pour les deux premières questions, travaillées le matin, la technique de restitution utilisée était un tableau blanc numérique, partagé en direct sur l’application Zoom : les idées de chacun sont intégrées au document partagé puis regroupés en grandes catégories en fonction des échanges entre les contributeurs.
    Pour les deux questions suivantes, travaillées dans l'après-midi, la technique utilisée était le Métaplan : les contributeurs écrivent trois idées sur des post-it ou sur le fil de discussion de l’application de visioconférence. L’animateur affiche, regroupe et classe les idées sur un grand tableau filmé, en fonction des échanges entre les contributeurs.

     

     

     

     

     

    PromoSanté Ile-de-France, Le Pôle Ressource en Education Thérapeutique du Patient d'Ile-de-France et l'Institut Renaudot remercient l'ensemble des participants de la journée.