Concepts

Mettre en œuvre des programmes pour développer ou renforcer les compétences psychosociales nécessite d'en comprendre les fondements. Définitions des différents concepts en jeu.
Compétences psychosociales

En 1993, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) introduit le concept de compétences psychosociales et liste 10 compétences présentées par couples.

Les compétences psychosociales sont définies comme « la capacité d'une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C'est l'aptitude d'une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l'occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement ». [OMS, 1993]

En 2001, la classification est redéfinie par l'OMS, avec un regroupement en 3 grandes catégories : compétences sociales, cognitives et émotionnelles. Les deux classifications sont utilisées encore aujourd'hui dans les pratiques professionnelles.


Les dix compétences psychosociales 

" Apprendre à résoudre les problèmes nous aide à faire face à ceux que nous rencontrerons inévitablement tout au long de notre vie. Des problèmes personnels importants, laissés sans solution, peuvent à la longue maintenir un stress mental et entraîner une fatigue physique. "

" Apprendre à prendre des décisions nous aide à les prendre de façon constructive. Cela peut avoir des conséquences favorables sur la santé, si les décisions sont prises de façon active, en évaluant les différentes options et les effets de chacune d'entre elles. "

" La pensée créative contribue à la fois à la prise de décision et à la résolution de problèmes en nous permettant d'explorer les alternatives possibles et les diverses conséquences de nos actions ou de notre refus d'action. Cela nous aide à regarder au-delà de nos propres expériences. […] La pensée créative peut nous aider à répondre de façon adaptative et avec souplesse aux situations de la vie quotidienne. " 

" La pensée (ou l'esprit) critique est la capacité à analyser les informations et les expériences de façon objective. Elle peut contribuer à la santé en nous aidant à reconnaître et à évaluer les facteurs qui influencent nos attitudes et nos comportements, comme les médias et les pressions de nos pairs. "

" La communication efficace signifie que nous soyons capables de nous exprimer à la fois verbalement, de façon appropriée à notre culture et aux situations. Cela peut signifier être capable d'exprimer nos désirs à propos d'une action dans laquelle on nous demande de nous impliquer. Cela peut également signifier être capable de demander des conseils quand cela s'avère nécessaire. "

" Les aptitudes relationnelles nous aident à établir des rapports de façon positive avec les gens que nous côtoyons. Cela signifie être capable de lier et de conserver des relations amicales, ce qui peut être d'une grande importance pour notre bien-être social et mental. Cela signifie également garder de bonnes relations avec les membres de notre famille, source importante de soutien social. Il s'agit aussi de savoir interrompre des relations d'une manière constructive. "

" Avoir conscience de soi-même, c'est connaître son propre caractère, ses forces et ses faiblesses, ses désirs et ses aversions. Cela nous aide à reconnaître les situations dans lesquelles nous sommes stressés ou sous pression. C'est indispensable aussi pour établir une communication efficace, des relations interpersonnelles constructives et pour développer notre sens du partage d'opinions avec les autres. "

" Avoir de l'empathie pour les autres signifie qu'il s'agit d'imaginer ce que la vie peut être pour une autre personne, même dans une situation familière. Cela peut nous aider à accepter les autres qui sont différents de nous et à améliorer nos relations sociales, par exemple dans le cas de diversité ethnique. Savoir partager différents points de vue nous aide à encourager un comportement humanitaire envers les gens qui ont besoin d’assistance ou de tolérance : les malades atteints du sida par exemple ou les gens ayant une maladie mentale et qui peuvent être stigmatisés ou frappés d’ostracisme par les personnes dont ils dépendent. " 

" Faire face à son stress suppose d'en reconnaître les sources et les effets et de savoir en contrôler le niveau. Nous pouvons alors agir de façon à réduire les sources de stress, par exemple en modifiant notre environnement physique ou notre style de vie. Nous pouvons également apprendre à nous relaxer pour que les tensions créées par un stress inévitable ne donnent pas naissance à des problèmes de santé. "

" Pour faire face aux émotions, il faut savoir reconnaître les siennes et celles des autres. Il faut être conscient de leur influence sur les comportements et savoir quelles réactions adopter. Les émotions intenses comme la colère ou la tristesse peuvent avoir des effets négatifs sur notre santé si nous ne réagissons pas de façon appropriée. "

 


Source : OMS, UNESCO. Life skills education in schools. Genève : OMS, 1993
 

Regroupement en trois catégories

  • Compétences de communication verbale et non verbale : écoute active, expression des émotions, capacité à donner et recevoir des remontées d'information et des réactions (feedback).
  • Empathie : capacité à écouter et comprendre les besoins et le point de vue d’autrui et à exprimer cette compréhension. 
  • Capacités de résistance et de négociation : gestion des conflits, capacité d’affirmation, résistance à la pression d’autrui.
  • Compétences de coopération et de collaboration en groupe. 
  • Compétences de plaidoyer qui s’appuient sur des compétences de persuasion et d’influence.

  • Compétences de prise de décision et de résolution de problème.
  • Pensée critique et auto-évaluation qui impliquent de pouvoir analyser l’influence des médias et des pairs, d’avoir conscience des valeurs, attitudes, normes, croyances et facteurs qui nous affectent, de pouvoir identifier les (sources d’) informations pertinentes. 

  • Compétences de régulation émotionnelle : gestion de la colère et de l’anxiété, capacité à faire face à la perte, à l’abus et aux traumatismes.
  • Compétences de gestion du stress qui impliquent la gestion du temps, la pensée positive et la maîtrise des techniques de relaxation. 
  • Compétences d’auto-évaluation et d’auto-régulation qui favorisent la confiance et l’estime de soi. 


Source : Développer les compétences psychosociales chez les enfants et les jeunes - dossier. Santé Publique France - INPES. La santé en action,  n°431. Mars 2015
 

Apprentissage expérientiel :  modèle d’apprentissage préconisant la participation à des activités se situant dans des contextes les plus rapprochés possibles des connaissances à acquérir, des habiletés à développer et des attitudes à former ou à changer. [LEGENDRE B., 2007]

Conduites à risques : pratiques excessives et/ou répétitives conduisant des personnes à se mettre en danger, sur les plans physique, psychologique ou social. [Définition de la Mission métropolitaine de prévention des conduites à risques]

Connaissance de soi : englobe confiance, estime et affirmation de soi (Assertivité). [FORTIN J., Santé en action n° 431, 2015]

Coping / stratégies d’adaptation : elles permettent l’adaptation à un environnement stressant à travers des compétences cognitives, émotionnelles et sociales. Elles consistent à « évaluer une situation (pensée critique), gérer les émotions qu’elle suscite et développer une stratégie adaptative ("faire face" à partir des ressources personnelles et sociales dont on dispose) afin d’en réduire l’impact. Le coping centré sur le problème vise à réduire les exigences de la situation et/ou à augmenter ses propres ressources pour y faire face. » [FORTIN J., 2012] 

Education positive : pratique éducative qui propose « d’appliquer des concepts de psychologie positive à l’école, pour promouvoir le bien-être chez les enfants et leur enseigner les qualités qui leur permettront de mieux apprendre et de devenir des adultes épanouis ». Cette pratique se concentre sur « l’idée qu’enseigner des habiletés sociales, comme la confiance en soi ou le travail d’équipe, sont des choses au moins aussi importantes à transmettre à un enfant que des connaissances scolaires ». [DE COURVILLE G., MIGNERY A-T. et ROUX A., 2017]

Empowerment : à la fois but et moyen, cette notion renvoie au fait de « renforcer le "pouvoir" de chacun afin qu’il puisse l’exercer dans une perspective de santé optimale ». Il s’agit donc de « développer les compétences individuelles mais [également] d’agir sur les systèmes (environnement, structures, groupes sociaux) pour que ces compétences puissent s’exercer réellement et efficacement ». [TONES K. et GREEN J., 2004] et [FORTIN J., 2012]

Estime de soi : conscience de sa valeur personnelle, qu’on se reconnait dans différents domaines. C’est un ensemble d’attitudes et de croyances qui nous permet de faire face au monde. Elle permet d’évaluer la distance entre le soi réel et l’idéal de soi (valeur qu’on se donne). Cette notion multidimensionnelle est marquée par le jugement réel ou supposé d’autrui. La conscience de sa valeur personnelle ne peut se développer qu’en se basant sur les jugements que la personne porte sur elle-même. Il ne s’agit pas de narcissisme ou d’égocentrisme car l’estime de soi suppose également une conscience de ses difficultés et de ses limites personnelles. [DUCLOS G., 2002]

« Life skills » : aptitudes pour la vie.

Motivation : renvoie à une énergie individuelle poly-factorielle permettant de déclencher un comportement en fonction d’un but. « Elle interroge et mobilise un système de valeurs marqué par l’éducation, la culture, la société et la personnalité de chacun. L’attitude envers le but envisagé et la conduite y afférent dépend à la fois de connaissances, de croyances et de sentiments. Pour passer de l’intention à l’action, interviennent des éléments moteurs de nature émotionnelle, situationnelle, relationnelle ». [FORTIN J., 2014] 

Normes sociales : terme qui rend compte de la pression de l'entourage et des cercles d'influence plus ou moins proches de la personne sur les choix et modes d'action. [BRONFENBRENNER U., 1979]

Parentalité positive : se réfère à un comportement parental fondé sur l’intérêt supérieur de l’enfant qui vise à l’élever et à le responsabiliser, qui est non violent et lui fournit reconnaissance et assistance, en établissant un ensemble de repères favorisant son plein développement. [Conseil de l'Europe, 2006]

Pensée critique / esprit critique / « pensée latérale » : « La pensée (ou l'esprit) critique est la capacité à analyser les informations et les expériences de façon objective. Elle peut contribuer à la santé en nous aidant à reconnaître et à évaluer les facteurs qui influencent nos attitudes et nos comportements, comme les médias et les pressions de nos pairs. » [ARWIDSON P., 1997]

Pleine conscience / mindfulness : se réfère à l’idée d’être conscient de ses pensées, émotions, sensations corporelles ou de son environnement, et cela sans jugement. [Santé publique France, Juin 2017] Les bénéfices d’une pratique de la pleine conscience chez les enfants et les jeunes par exemple sont nombreux. L’entrainement à l’attention aux sensations tend à réduire l’hyperactivité, le stress, à améliorer les capacités de concentration et d’apprentissage [KLATT M., HARPSTER K., WHITE S. et al., 2013], ainsi que la santé mentale et la réussite scolaire [KUYKEN W., WEARE K., UKOUMUNNE OC. et al., 2013].

Résilience : capacité à rebondir et se reconstruire malgré les traumatismes. « D’abord un mode de raisonnement, un renversement de l’état d’esprit habituel des professionnels. Nous avions, en effet, l’habitude de repérer le déficit, l’anomalie, la défaillance, les troubles, alors qu’avec la résilience on vise à repérer les compétences, les ressources, les potentialités et à les amplifier. » [DELAGE M., 2004]

Sentiment d’auto-efficacité / Sentiment de contrôle : résultat de processus cognitifs, affectifs et motivationnels, cette notion correspond à la « perception de l’aptitude à mettre en œuvre une suite d’actions pour atteindre un but donné ». Cette perception permet de s’engager dans une démarche (ex. : cure de sevrage, éducation thérapeutique, etc.) uniquement si l’on se sent en capacité de la réussir. [BANDURA A., 2002]

Santé mentale : état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et d’une manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté. [OMS, 2014]

 

Comprendre l'évolution du concept

Le concept de compétences psychosociales n'a cessé d'évoluer concernant :

  • le mode de classification des compétences : deux classifications ont été détaillées par l'OMS, toutes deux aujourd'hui utilisées par les professionnels
  • la prise en compte dans les politiques, avec notamment en France l'intégration récente du développement des CPS au sein de l'Education nationale et dans la Stratégie nationale de santé
  • les pratiques, avec un déploiement de la démarche sur un nombre croissant de thématiques voire comme une démarche transversale en promotion de la santé

Marie-Odile Williamson - Directrice territoriale de l'IREPS Pays de la Loire

Regard sur l’évolution de la classification des CPS par l'OMS

Le concept de CPS est lié à deux classifications de l’OMS, en 1993 puis en 2001. Pourquoi cette évolution et comment s’approprier au mieux ces deux classifications dans les pratiques professionnelles ?

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Regards sur l’évolution des CPS en France, du concept aux pratiques

Quelles ont été les évolutions marquantes du concept de CPS et sa prise en compte en promotion de la santé ? En quoi cela a modifié les pratiques ? Quels sont les points d’attention et de vigilance sur ce sujet ?

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