Capitalisation des expériences en promotion de la santé

19.07.2021
La capitalisation des expériences vise à transformer le savoir issu de l'expérience des acteurs en connaissances partageables, utiles à l'action. Quels sont les objectifs de cette démarche ? Quels en sont les enjeux ? Comment mène-t-on une capitalisation d’expérience ?

La capitalisation des expériences, de quoi parle-t-on ?

La capitalisation vise à « transformer le savoir issu de l'expérience en connaissance partageable » [P. De Zutter, 1994].

Elle cherche à répondre à la question du « comment » ou du « comment faire », à partir d’un recueil d’informations très détaillé auprès des acteurs, et d’une analyse de celui-ci.

La démarche de capitalisation a pour objectifS de faire apparaître les logiques à l’œuvre, de décrire finement les contextes, les savoirs issus de l’action et les stratégies déployées pour rendre opérationnelles des stratégies décrites comme efficaces dans la littérature.

On peut distinguer 4 grandes finalités à la démarche de capitalisation : [Ferron, Laurent, Soudier, 2021]

  • Une finalité pédagogique : pour les acteurs impliqués, ce processus constitue un espace réflexif sur les pratiques et sur les actions menées, ainsi qu’un temps d’autoformation.
  • Une finalité informative : la capitalisation facilite l’accès à des données contextualisées et illustrées par des exemples pratiques, et participe au partage de connaissances sur les projets et les stratégies d’action.
  • Une finalité stratégique : elle donne à voir la déclinaison pratique des politiques nationale et locales de santé et peut éclairer la décision politique.
  • Une finalité scientifique : la capitalisation permet d’identifier des projets pertinents pouvant faire l’objet de recherches, et participe à l’élaboration d’un corpus de connaissances sur les interventions de santé.

Source : CAPS

 

Quels enjeux ?

La capitalisation des expériences n'est pas une méthode récente. D'autres domaines tels que l’environnement, l’aide humanitaire, l’urbanisme, l’industrie, les armées, etc., développent la capitalisation afin de tirer des leçons de l’expérience pour agir ou faire évoluer les modalités d’intervention. Le principe est de transformer l’expérience en savoir explicite pour le partager. Mais ce n'est que plus récemment que des données expérientielles en promotion de la santé sont partagées sous forme de récits de capitalisation.

Le paysage en promotion de la santé est constitué d’une myriade d’acteurs qui développent des actions de proximité en s’appuyant sur des compétences et une expertise en promotion de la santé.  Les actions de terrain sont pour une grande partie d’entre elles construites ou accompagnées par des professionnels formés qui connaissent bien les réalités des territoires. Elles s’appuient sur des méthodes et des modèles d’intervention valides.

La capitalisation d'expériences en promotion de la santé permet de produire de la connaissance sur le comment faire et comment tirer des enseignements à partir de toutes ces actions qui s’inscrivent dans des contextes particuliers. Il s'agit d'une démarche qui vise à transformer le savoir issu de l'expérience des acteurs en connaissances partageables, utiles à l'action. La question de la capitalisation est d'ailleurs au cœur des réflexions sur la production de données probantes issues des interventions en promotion de la santé. En effet, la pratique fondée sur les données probantes vise à améliorer l’efficacité, la crédibilité et la transférabilité des interventions de prévention et de promotion de la santé.

La capitalisation s’appuie sur quatre principes :

  • Le savoir des acteurs en promotion de la santé peut être utile aux autres.
  • La connaissance produite par l'expérience a de la valeur.
  • Les acteurs de terrain sont légitimes pour contribuer à la construire.
  • La capitalisation de l'expérience s’inscrit dans une synergie avec les savoirs scientifiques.

La capitalisation est au cœur de la question de la production de données probantes en promotion de la santé. Par définition, les données probantes incluent les données issues de l’expérience à l’articulation avec les savoirs académiques et les savoirs expérientiels des personnes concernées.

La capitalisation des expériences produit des données qui viennent en articulation avec les données issues de la recherche scientifique. Elle ne signifie ni une mise en équivalence, ni une négation des savoirs scientifiques. Il s’agit de « renforcer l’assise scientifique des interventions tout en prenant en compte les savoir‑faire des acteurs et les expériences de terrain » [L. Cambon, La Santé en action n°456, 2021].

La capitalisation fait partie des stratégies pour le transfert de connaissances, défini par l’Institut national de santé publique du Québec comme un « ensemble d’activités et de mécanismes d’interaction favorisant la diffusion, l’adoption et l’appropriation des connaissances les plus à jour en vue de leur utilisation dans la pratique professionnelle et dans l’exercice de la gestion en matière de santé ». La capitalisation participe en effet à la production et à la diffusion de données sur les stratégies d’interventions. Elle favorise aussi l’appropriation de ces connaissances par les acteurs, par l’analyse et la mise en perspective de leurs pratiques.

Cet ancrage dans le terrain permet de mieux envisager la transférabilité des interventions dans des contextes différents. La transférabilité est « la mesure dans laquelle le résultat d'une intervention dans un contexte donné peut être atteint dans un autre contexte » [Wang S. et al., mars 2006 - article en anglais]. La capitalisation permet d’identifier les leviers d'intervention probants (ou « fonctions-clés ») de l’intervention qui doivent rester fixes, et les aspects variables qui devront être adaptés au contexte. On pourrait parler aussi d'« inspirabilité ». Les fiches de capitalisation ne sont pas de recettes à suivre à la lettre.

La capitalisation n’a pas pour finalité première l’évaluation. L’évaluation, dont le processus débute au commencement de l'action (contrairement à la capitalisation qui intervient lorsque l'action est achevée) produit un jugement de valeur sur l’intervention, elle aboutit à des conclusions et des recommandations [P. De Zutter, 1994]. La capitalisation cherche à comprendre et à raconter, en s’appuyant sur le discours des acteurs et intégrant la dimension subjective de ce discours. Néanmoins, une capitalisation bien faite peut offrir énormément de pistes ou de compléments à l’évaluation, et une bonne évaluation peut être une base pour la capitalisation.

La capitalisation des expériences s’inscrit enfin dans un enjeu de démocratie et de dialogue entre les différentes formes de savoirs et participe d’un mouvement de synergie entre acteurs de terrain, politiques et scientifiques. [La Santé en Action n°456 Juin 2021, Introduction]

 

Quels principes méthodologiques ?

La capitalisation est une méthode qui s’appuie sur le récit des porteurs de projet pour produire des connaissances pour l'action.

Qui ?

La démarche de capitalisation est portée par un accompagnateur en capitalisation auprès de porteurs de projet. Le porteur de projet est, au sein de la structure participant à la capitalisation, l’interlocuteur clé du projet concerné, capable de décrire l'histoire du projet et d'échanger sur ses enseignements. L’accompagnateur en capitalisation a pour rôle clé de rendre explicites des connaissances implicites et de faire émerger un discours sur le projet, son contexte et son déroulement [CAPS, 2020].
Au moment du recueil de données, il est possible de mobiliser les personnes bénéficiaires de la démarche. Les contributions des uns et des autres renforcent les compétences individuelles et collectives, contribuent au changement social et s'inscrivent dans une perspective de valorisation de l'ensemble des acteurs.

Quoi ?

La démarche de capitalisation cherche à retracer et à décrire finement l'histoire, le contexte et les composantes (ou nœuds) d'une intervention. Il s’agit d’identifier les informations pertinentes et originales sur le projet, pour l’équipe du projet et pour les autres acteurs.

Ces informations peuvent concerner les éléments de contexte qui ont été des freins ou des leviers pour l’action, les moments-clés qui ont fait basculer le projet, les savoir-faire mis en œuvre par les acteurs pour mener l’action à bien. Elles peuvent également concerner, dans le cas de certaines interventions, la manière dont les acteurs ont adapté le projet au contexte (territoires, structures, publics...), les outils déployés, les politiques publiques dans lesquelles s'inscrit le projet, les modèles d’intervention, etc.

Elle s’appuie sur les faits, l’expérience vécue par les acteurs, leurs opinions.

Comment ?

La capitalisation est portée par un accompagnateur de capitalisation extérieur au projet, dans une attitude d’écoute et de bienveillance.

Les techniques de recueil d'information utilisées sont principalement qualitatives, notamment par des entretiens approfondis avec les acteurs du projet (porteur de projet, partenaires dont les usagers, bénéficiaires). D’autres sources de données peuvent être mobilisées : focus-group, analyses documentaires…

Les données recueillies sont ensuite analysées et mises en perspective avec les connaissances déjà disponibles. Elles sont enfin diffusées et partagées à l’ensemble des acteurs du champ.