Fiche 5 - Les types de savoir

Les fiches « Concepts » explicitent les notions clés relatives à une démarche de participation en promotion de la santé. Cette fiche 5 met en perspective trois grands types de savoir.

Trois types de savoirs

Lors de l’élaboration et de la mise en œuvre d’un projet en promotion de la santé, il est primordial de mobiliser et de croiser trois sources de savoir : le savoir théorique (académique), le savoir d’action ou de pratique (professionnel) et le savoir d’expérience (émanant des personnes concernées par le projet). Les trois types de savoir sont imbriqués et articulés entre eux. Par exemple, certaines recherches s’appuient sur les savoirs d’expérience des professionnels et/ou des habitants–usagers–citoyens (HUC). Et tous, à des degrés divers, ont également des savoirs académiques.

 

Savoirs des habitants–usagers–citoyens

S’appuyer sur les savoirs des personnes concernées par tel ou tel projet apparaît essentiel voire indispensable. Encore faut-il reconnaître la qualité de ces savoirs.
Deux exemples sont présentés pour illustrer le propos, suivis d’une mise en perspective :

Les personnes en situation de pauvreté

Joseph Wresinski, du Mouvement ATD Quart Monde, souligne que toute personne, même la plus démunie, pense et détient des clés de compréhension, non seulement de sa propre situation mais aussi de la société. La participation des personnes en situation d’exclusion permet une meilleure connaissance de la pauvreté (connaissance sur la réalité de leur situation, leur vie quotidienne, leurs préoccupations et leurs besoins prioritaires, leur expérience avec les différents services auxquels ils s’adressent, le fonctionnement de la société). Ainsi, toute démarche de participation consiste à minima à tenir compte de la parole des personnes directement concernées par les politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, avec leurs propres mots ; à recueillir leurs expériences, leurs points de vue, leurs analyses et leurs propositions.

Les personnes malades

Des praticiens ou représentants de patients insistent sur le fait que chaque personne malade a acquis des connaissances sur sa pathologie, son état, le système de soins, sa situation quotidienne. Cette personne est la plus à même d’avancer des préconisations et de faire profiter autrui de son expérience, soit au travers de communautés (associations de patients, forums, groupes d’entraide...), soit en contribuant au développement de patients experts qui vont accompagner d’autres patients dans leurs parcours de soins, qui vont avancer des préconisations auprès des professionnels ou accomplir une mission d’enseignement.

Olivia Gross et Rémi Gagnayre (Laboratoire Educations et pratiques de Santé, LEPS, Université Paris 13) ont formalisé les caractéristiques des savoirs des patients et leurs liens avec leur pouvoir d’action. [Gross O. et Gagnayre R., 2017]

Caractéristiques des savoirs des patients et leurs liens avec leur pouvoir d'action

 

Mise en perspective

Les savoirs des habitants–usagers–citoyens, quels qu’ils soient, sont donc multiples : savoirs sur leur situation spécifique ; leur connaissance des systèmes et ce qui fonctionne ou pas pour eux lorsqu’ils doivent y faire appel ; leurs relations aux différents opérateurs ; leurs diverses expériences et les enseignements qu’ils en tirent ; leurs besoins prioritaires ; les solutions qu’ils imaginent afin que ces solutions soient acceptables et pertinentes dans (et du fait de) leur situation spécifique...

Pour mettre en place une démarche de participation, il est important de réaliser une montée en généralité des savoirs des habitants–usagers–citoyens. Cela signifie que les individus sont mis en situation de ne pas défendre leur cas particulier, pour aller vers des arguments généraux en faisant référence aux conceptions du bien commun et de la justice sociale.

  • Soit en articulant des savoirs expérientiels individuels dans le cadre d’une étude spécifique par un tiers : des témoignages sont colligés et leur analyse par le chargé d'étude ou de recherche permet de repérer les consensus et divergences entre les propos
  • Soit en s’appuyant d’emblée sur des personnes qui ont travaillé avec leurs pairs pour exprimer des constats, interrogations, perspectives, propositions qui reflètent une synthèse de ce qu'une diversité de pairs peuvent penser et souhaiter
  • Soit en passant progressivement des savoirs de chaque personne vers des savoirs "situés" avec des méthodes adaptées (cf. fiche 9 - Animer l'articulation des savoirs).